Abdellah Elharrif
Le secrétaire national de la Voie Démocratique explique le refus de son parti de participer aux concertations sur le dossier du Sahara.
Pourquoi avez-vous décliné l'invitation du conseiller du roi ?
D'abord, il ne nous semble pas qu'il s'agisse de concertations, au sens d'un débat libre permettant d'exprimer les points de vue différents, ou même opposés, aux points de vue officiels sur la question du Sahara. Pendant les trois dernières décades, a prévalu dans notre pays une démocratie de façade où les forces politiques ont joué, pour l'essentiel, un rôle de figurants. Ceci est encore plus vrai pour la question du Sahara où la gestion du dossier est monopolisée par le Palais, l'opinion publique et les forces politiques étant confinées dans le rôle d'inconditionnels soutiens aux décisions officielles, alors que les forces appelant à une solution démocratique de la question du Sahara se basant sur le principe de l'autodétermination étaient soumises à une répression implacable, même après que le Maroc a accepté le principe d'un référendum d'autodétermination à partir de 1981, à Naïrobi. La position officielle marocaine a enregistré un recul dans la question du Sahara. En effet, alors que le pouvoir acceptait une solution sur la base du principe d'autodétermination et du plan de l'ONU pour l'organisation du référendum et chicanait sur les détails relatifs aux listes des électeurs, il semble qu'il ait décidé de renier ses engagements précédents et d'appeler à une solution négociée sur la base de la « marocanité du Sahara ». De plus, le pouvoir semble revenir avec force à l'approche sécuritaire pure et dure comme en attestent les nombreuses arrestations d'activistes sahraouis opérées dernièrement et les lourdes peines prononcées contre eux. En outre, la question du Sahara continue à être considérée comme une cause « sacrée » où aucune discussion ou remise en cause n'est permise.
Boycotterez-vous toutes les invitations de ce type ?
Tant que nous ne sentirons pas une réelle volonté de la part du pouvoir de rompre avec l'approche actuelle au Sahara en permettant d'ouvrir la voie à une solution démocratique avec la participation effective des forces politiques représentatives, nous serons obligés de décliner ce type d'invitation, d'autant plus que nous sommes interdits de tout accès aux médias publics qui nous permettrait de diffuser et d'expliquer nos positions.
Ne risquez-vous pas de vous isoler ?
Notre position sur le Sahara, au lieu de nous isoler, nous rapproche des forces réellement démocratiques, au Maroc et dans le monde. Nous ne sommes pas isolés des forces vives du pays puisque nous sommes membres du Rassemblement de la Gauche Démocratique et actifs dans les organisations de masse syndicales, des droits humains, des diplômés chômeurs et autres organisations de la société civile.
Vous avez payé cher vos convictions…
Notre attachement à une solution démocratique au Sahara n'est nullement une réaction contre un pouvoir qui a fait payer un lourd tribut à nos militants (disparitions, tortures, peines de prison allant jusqu'à 17 ans). Notre position sur le Sahara est dictée par le respect de nos principes et des intérêts des classes laborieuses qui ont souffert le calvaire à cause de l'affaire du Sahara. Les positions contradictoires de l'Etat sur l'affaire du Sahara traduisent la contradiction entre la nature foncièrement anti-démocratique du pouvoir et des classes dominantes, et en particulier de son noyau dur : la mafia du makhzen qui s'oppose, quant au fond, à toute forme d'autodétermination, et les tentatives de donner une image de l'Etat comme étant démocratique et respectueux de ses engagements vis-à-vis de la communauté et de la légalité internationale.
Pour vous, il n'y a pas de solution au problème du Sahara sans démocratie. Pourquoi ?
Pendant plus de trente ans, la construction d'un Etat démocratique a été hypothéquée par « l'unanimité » sur le Sahara considérée comme priorité des priorités. Par contre, si la priorité des priorités est la démocratisation, ceci conduira à l'affaiblissement de la mafia du makhzen et ouvrira la voie à une solution démocratique au Sahara. Ce qui entraînera une accélération de la démocratisation. Ceci nécessite une lutte démocratique sans concession, et en particulier de combattre l'impunité pour crimes politiques et économiques.